Standardisation

Au cours des dernières années, bon nombre de gens, et quelques Rroma, ont proposé de standardiser le Rromanes, de créer une variante unique de cette langue. Selon ceux qui proposent cette standardisation, c’est le seul moyen de forger une identité Rrom.

Les Rroma ont toujours au moins deux langues maternelles. Celle du pays dans lequel il vivent et le Rromanes. Dans beaucoup de cas, surtout dans les Balkans, les Rroma parlent 3 ou 4 langues. Ce fait influence le Rromanes local surtout pour le vocabulaire récent. De ce fait, il est peu probable qu’une variante standardisé échappe longtemps à ces influences.

Certains essais de standardisation ont presque tourné au ridicule. La création de toutes pièces de nouveaux mots basés sur des néologismes a souvent des effets amusants. Par exemple, dans la plupart des dialectes du Rromanes, le suffixe –lin dénote un arbre fruitier comme phabelin [pommier] de phabaj [pomme]; ambrolin [poirier] de ambrol [poire] etc. Dans une de ces versions standardisées on trouve le mot xurdelin, du Rromanes xurde qui en Rromanes a deux significations : d’abord de la petite monnaie, et ensuite, des petits enfants. Le néologisme xurdelin a donc en Rromanes toute les chances d’être interprété comme un arbre à monnaie ou un arbre à enfants mais certainement pas comme un jardin d’enfant, la signification proposée par le créateur de ce terme.

Pour rendre les choses plus compliquées, des traductions littérales d’une autre langue en Rromanes peuvent prendre une signification totalement différente. Par exemple, la phrase suivante, trouvée dans un ouvrage en Rromanes standardisé sur un petit chien appelé Rukun « Rukun so tu andan and-i škola? - Mo kokalo » est supposée signifier « Rukun, qu’a tu amené à l’école ? Mon os ». Malheureusement pour l’auteur, la plupart des Rroma comprennent qu Rukun a amené ses propres os, son squelette à l’école.

Certains linguistes ont aussi essayé de créer un nouvel alphabet. Le pire essai dans le genre utilise des lettres spéciales uniquement dans le cas de certaines formes grammaticales.Le ç de cet alphabet est supposé être utilisé uniquement dans la forme instrumentale comme par exemple dans Rromeçar pour Rromesa(r) [avec un Rrom]. Ayant interrogé l’auteur sur la logique de cette création, l’auteur s’est justifié en disant que ce ç pouvait couvrir toutes les variations phonétiques que l’on trouve en Rromanes dans ce cas, comme Rromesa, Rromeha, Rromeja. Malheureusement, ces mêmes variations phonétiques existent aussi au verbe être, si en Rromanes, mais l’auteur l’écrit de façon consistante avec un s. En fait, il faudrait utiliser le ç de façon consistante dans tous les cas de réfléction entre le s et le h, comme par exemple pour sar / har, savo / havo, et même so / ho.

La même remarque est valable dans le cas de l’utilisation de q au datif : Rromesqe [dat. de Rrom]. En Rromanes, il y a des variations comme Rromesče. Kerav [faire] a les mêmes variations comme par exemple čerav mais est toujours écrit avec un k dans ce nouvel alphabet.

L'alphabet est une barrière à tout essai de standardisation. Dans la plupart des pays, le seul alphabet connu est celui du pays, par exemple le cyrillique en Russie, Ukraine, Biélorussie, Bulgarie, Macédoine et Serbie. Dans le Burgenland autrichien, Dieter Hallwachs a eu des problèmes à faire accepter son orthographe pour le dialecte local. Ayant introduit les lettres ž et š, il a eu une opposition farouche préférant le sch germanique à cette orthographe « balkanique ».

Comme dans le cas du Romanche en Suisse, on peut se poser la question pourquoi une standardisation est nécessaire. Le Romanche a été réintroduit en Suisse en trois variantes principales correspondant à la géographie, principalement aux vallées de la région. Les écoles, les journaux utilisent ces trois formes qui correspondent à la langue parlée à la maison.

Pour le Rromanes, il faudrait soutenir la même approche. Il y a des affinités naturelles, les métadialectes qui correspondent à la langue parlée à la maison. Ces affinités peuvent lentement créer ce concept de métadialecte, avec une base et un lien avec la réalité. Avec le temps, on peut souhaiter et penser qu’un Rromanes unifié peut émerger.

En essayant d’imposer un dialecte (ou même un dialecte artificiel) comme base d’une version standardisée du Rromanes, on est voué à l’échec. Cette version ne sera jamais comprise ou acceptée. Au vu du fait qu’il n’y a pas de version « supérieure » du Rromanes, il n’est pas possible de trouver un moyen conventionnel sur lequel une standardisation pourrait être construite.

L’éducation et l’école ne peuvent pas aider. Une version artificielle du Rromanes ne pourra jamais s’imposer face au Rromanes parlé à la maison.

La seule possibilité, et de plus en plus une réalité, est de se « restreindre » à un métadialecte. Ceci crée une base commune dans un groupe de dialectes et on peut souhaiter que ceci amène à une langue unifiée. Un Rromanes unifié n’a aucune chance de se créer s’il est imposé, s’il est artificiel. La seule chance est l’évolution commune, en commençant à l’intérieur des groupes de dialectes. 

© Stephane 2011